Ludmila Volf : « Le fil de mon travail d’artiste et de scénographe »

« La psychanalyse m’a permis de tenir le fil de mon travail d’artiste et de recherche à l’atelier ».

Fondamentalement artiste plasticienne, Ludmila Volf travaille comme scénographe et peintre décoratrice pour le théâtre, l’opéra, le cinéma, la mode et l’événementiel.

Dans cet interview, elle explique comment la psychanalyse, et le soutien de son psychanalyste, lui ont permis de tenir le fil de son travail de création. Création où les mots et le rapport à l’inconscient ont une place toute particulière.

En visitant le site de Ludmila Volf vous aurez le plaisir de découvrir ses œuvres, nombreuses, diverses, lumineuses, délicates :  ludmilavolf.com

Vincent MOREAU : « JE N’ARRIVE PLUS À TRAVAILLER »

PDF

Vincent MOREAU est psychiatre et psychanalyste, membre de L’École la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse.

« Je n’arrive plus à travailler ». Ce sont les mots que cette femme de quarante ans prononce lors de ce premier entretien. Les signes de l’angoisse sont aussi très présents. Elle ne peut se lever le matin, avant d’aller au travail, sans ce poids, cette panique qui la fait immédiatement vomir. Les effets d’un réel impossible sous la forme du rejet atteignent aussi son corps. Elle doit se faire soigner pour une recto-colite hémorragique.

Elle a pris conscience que quelque chose se répète. En général, ses emplois ne durent pas plus de deux ans. Actuellement, elle est commerciale avec un fixe et une commission sur ses ventes. Elle y est depuis un an et repère que ce qu’elle appelle « ses cycles » recommencent. « J’ai une aversion pour ce travail » dit-elle. « Ils demandent toujours plus ; ce n’est jamais suffisant. Je le fais dans la panique et forcément, je déçois. Cela rend ma vie hasardeuse et incertaine. Comment puis-je supporter de décevoir alors que je veux être aimée ? », alors, elle s’en va. Elle sait déjà que, dans ces répétitions, la recherche de reconnaissance est sa principale motivation. Cela marche un moment jusqu’à ce qu’elle se rende compte que le désir de l’Autre n’est pas forcément au rendez-vous. En l’occurrence, dans sa vie de commerciale, l’autre n’est pas intéressé par elle mais par ses performances qui peuvent lui rapporter davantage.

Il y a quelque chose derrière et elle veut savoir.

Très vite, les premiers entretiens font apparaître le même schéma sur le plan affectif. Elle n’a vécu que quelques années avec le père de sa fille et s’est séparée. Toutes les autres relations qui ont suivi n’ont duré que quelques mois ou quelques années.

Dans son histoire familiale, sa mère n’a vécu qu’un an avec son père. Ce dernier la voyait de temps en temps. Sa mère a rencontré un autre homme dont elle a eu deux filles. Elle a le sentiment d’être exclue de de cette famille qui ne la contacte pas, ne l’invite pas à Noël ou aux fêtes familiales.

Il a fallu du temps pour arriver à un moment clé de l’analyse. Reparlant de celui qu’elle appelle son « père biologique », elle a cherché à le retrouver à un moment particulièrement difficile dans sa vie. Il lui a annoncé qu’il n’était pas son père avec une phrase terrible : « tu es le fruit d’une passe ». Se retournant vers sa mère, celle-ci lui a confirmé les faits et avoué qu’elle était issue de la relation avec un homme « de passage ».

De « passe » à « passage » le signifiant traumatique insu a fait son œuvre. Sa marque est visible dans les symptômes dont elle se plaint. Elle fait et défait, comme elle le dit, ses relations professionnelles et affectives pour n’être que de « passage » afin d’éviter le risque d’effondrement si le désir de l’Autre vient à lâcher. La marque du signifiant traumatique est aussi visible dans le corps avec les vomissements et le transit trop rapide.

Le travail analytique a été émaillé de ces moments d’effondrement qui ont nécessité, dans le transfert, une opposition ferme au lâchage, à « la lâcheté morale » dont parle Lacan dans « Télévision ». Il a fallu soutenir ses engagements de formation pour obtenir un diplôme qui lui donnerait un début de reconnaissance symbolique, de nomination aux yeux des autres. Elle a pu retrouver du travail et avoir un salaire qui peut lui donner son autonomie. Le travail n’est cependant pas terminé.

Il reste la question de se faire l’objet de l’autre pour avoir quelques miettes de reconnaissance. Cette question est à référer à la jouissance particulière de ses deux parents et à elle-même en tant que cause de leur désir afin de desserrer l’étau du symptôme qui se répète.

Vincent Moreau

le 27 septembre 2021

Nicole Busquant Le Gouedec « Enseigner encore, ne pas démissionner »

Nicole Busquant Le Gouedec est professeure de lettres, histoire et géographie en lycée professionnel.

Ne pas démissionner

Dans cet interview, elle montre comment la psychanalyse lui a permis d’être à nouveau « debout » devant ses élèves, alors qu’elle était « au bord de la démission ».

Enseigner encore

Avec la psychanalyse « j’ai pu repérer ce qui se jouait à mon insu dans le rapport aux jeunes et comment je m’identifiais beaucoup trop à leur situation. Je me mettais à leur place. »

« On s’enseigne sur le divan et dans la vie professionnelle … de l’erreur et du ratage dans le rapport aux élèves. » … Avec la psychanalyse, j’ai pu « approcher l’erreur non plus comme une faute mais comme une production qui a quelque chose à dire. »

À signaler, la musique qui accompagne la vidéo est une œuvre originale de Jacques Le Gouedec  » Deux rangs de parpaings » 2012.

Jean-Yves Marion « Dépasser ce qui me semblait interdit »

Après une longue carrière et de multiples métiers dans l’industrie de l’énergie, Jean-Yves Marion est devenu historien.

Dans cet interview, il montre comment sa psychanalyse, pourtant brève, lui a permis de

« lever des interdits

(concernant) des choses que je ne me sentais pas en droit de pouvoir acquérir ou faire.» 

« Je pouvais m’autoriser à entreprendre quelque chose qui m’avait toujours fait rêver. »

Clotilde LEGUIL : AU-DELÀ DU CONSENTEMENT

LA SUROBÉISSANCE

Extraits de « Céder n’est pas consentir » de Clotilde Leguil, PUF, 2021

Clotilde Leguil – Photo Samuel Kirszenbaum

Clotilde LEGUIL est psychanalyste, philosophe, membre et AE* de L’École la Cause freudienne (2017-2020), professeure des universités au département de psychanalyse de l’université Paris-VIII,  auteure de plusieurs essais dont  » L’être et le genre, Homme/Femme après Lacan » ,  » « Je » Une traversée des identités »*Le titre d’AE : Analyste de l’École est délivré pour trois ans à ceux qui, au terme de la procédure dite de la passe, sont jugés susceptibles, par la Commission responsable, de témoigner des problèmes cruciaux de la psychanalyse.

Dans les premiers chapitres de son livre Clotilde Leguil tente de tracer la frontière entre céder et consentir. Consentir, « cum-sentire », c’est « se sentir avec l’autre en confiance ».1 Cela comporte un risque.

 « Céder », au sens où je le définis depuis une approche à la fois clinique et politique, ne touche pas seulement les affaires de la sexualité et de l’amour, mais aussi celle de la vie en société, celle de la vie professionnelle, celle de notre condition historique. Dans le champ du travail, de la vie professionnelle, il y a aussi des expériences traumatiques. Car le sujet a là aussi consenti à un certain engagement, depuis un contrat de travail, et le voilà pris dans tout autre chose, dans une forme d’aliénation qui peut éveiller l’angoisse. « Céder sans consentir » dans le monde du travail, c’est ne plus pouvoir répondre à ce qui est exigé, demandé, extorqué autrement qu’en continuant quand même. »2

«  Le consentement du sujet peut se voir instrumentalisé aussi bien dans la rencontre amoureuse, dans l’intimité familiale ou dans le monde du travail. (…) Il peut y avoir consentement au silence par croyance dans une autorité. Il peut aussi bien y avoir, dans le domaine du travail, désir de « bien » faire, de « tout » faire même, pour un emploi, pour un supérieur, pour un chef, au nom d’un idéal, ou d’une idéologie. Ce désir de « bien faire », lorsqu’il rencontre l’autoritarisme et parfois la perversion de l’autre, peut condamner le sujet à obéir au-delà même de son consentement. Pour le dire avec le philosophe Frédéric Gros, surgit alors la sur-obéissance3. Cette modalité de l’obéissance est une forme de soumission à ce que je ne veux pas. C’est parce que j’obéis en « me forçant » que je me sens en même temps coupable de ne pas obéir assez. C’est le principe même de ce que Freud et Lacan ont nommé le Surmoi. Plus je me force, plus je me sens coupable d’obéir sans y être vraiment mais en me contraignant moi-même. Plus je me maltraite, plus le Surmoi réclame que j’obéisse mieux. C’est en cet endroit que les exigences de l’autre rencontrent l’exigence intérieur du sujet.

Sur-obéir, ce n’est pas seulement obéir à l’autre, mais obéir au commandement intérieur qui vient de cette instance morale qu’est le Surmoi. Lorsque le sujet obéit au-delà de ce qu’il suppose qu’on attend de lui, pour prouver qu’il est bien tout entier dévoué à la tâche, pour prouver qu’il ne met aucune distance entre ce qu’on lui demande de faire et ce qu’il accomplit, pour prouver qu’il donne tout son temps, toute son énergie à ce qui devient le seul but de son existence, c’est là que la frontière entre « céder » et « consentir » est franchie. Ne plus s’autoriser à penser, ne plus avoir la moindre confiance en ce que l’on ressent, ne plus écouter ces signaux du corps qui disent le malaise silencieux, l’angoisse, parfois le dégoût, mais obéir et chercher à faire toujours mieux. Encore. La sur-obéissance est aux antipodes du désir.

Cette sur-obéissance est déjà le signe de ce à quoi le sujet a cédé, c’est-à-dire le signe de l’angoisse. À force de piétiner le désir et sur-obéir à autre chose, ça craque. Un jour, noir total. Où suis-je ? 4. »

PDF

1Clotilde Leguil, Céder n’est pas consentir, Paris, PUF, 2021, p.31.

2Idem, p.41.

Frédéric Gros, Désobéir, Paris, Albin Michel, 2017.

4 Clotilde Leguil, Céder n’est pas consentir, op.cit., p.43-45.

Marie-Joëlle Prévert « Partenaire de l’enfant »

De l’enseignement des mathématiques aux collégiens, aux « gros mots » des jeunes enfants dans un centre de pédopsychiatrie,

de l’orthophoniste cognitiviste à la clinicienne lacanienne,

Marie-Joëlle Prévert met en valeur dans cet interview les moments forts de son riche parcours avec la psychanalyse. Toujours attentive à ce que lui apprennent les enfants.

« Je m’intéresse à son monde, je m’intéresse à sa vie, pour moi, c’est la meilleure façon pour devenir… partenaire de l’enfant. »

« Un enfant c’est un sujet, et même s’il vient avec ses parents, c’est lui le principal personnage. »

« Le dysfonctionnement ça n’existe pas, par contre il y a un fonctionnement autre. Si on considère que c’est un dysfonctionnement, on veut ramener l’autre dans les normes… si on pense que c’est un fonctionnement autre, on va essayer de rechercher ce fonctionnement autre, et c’est très éclairant même du point de vue cognitiviste pour pouvoir travailler avec un enfant. »

Souffrances au travail – le samedi 12 juin 2021 – Visio-conversation

Un cartel de Brest-Quimper propose le samedi 12 juin de 10H à 12H une visio-conversation « Souffrances au travail » dans le cadre de rencontres intitulées : « Petit Branchement sur la Psychanalyse ».

Des extraits de quelques vidéos de ce Blog seront diffusés afin d’ancrer la conversation au plus près du point particulier abordé par chacun des interviewés concernant son lien au travail.

Affiche -Souffrances au travail – ACF en VLB Brest-Quimper

Burn out, harcèlement moral, absence de reconnaissance, isolement, humiliation…
Il n’y a pas la souffrance au travail mais des travailleurs qui souffrent.
Lors du prochain
Petit Branchement sur la Psychanalyse, nous converserons afin de cerner ce malaise dans la civilisation avec René Fiori, membre de l’Envers de Paris, fondateur de l’association « Souffrances au travail », dont l’interview en vidéo est sur ce Blog – ici – et Élisabeth Marion, membre de l’ACF, auteure du Blog « Les effets de la psychanalyse dans la vie professionnelle ».

Rencontre organisée par l’Association de la Cause freudienne en Val de Loire Bretagne. Inscription par mail auprès de christinechanudet.acf@orange.fr

Lien vers le site de l’ACF en VLB

Élina Quinton « Un lien à vie », sur le livre de Francesca Biagi-Chai

Élina Quinton est psychologue au Pôle Santé Mentale de Mayenne.

Elle s’appuie dans son interview sur son expérience de la psychanalyse qui permet de transmettre « l’importance du singulier », et sur ses rencontres avec Francesca Biagi-Chai, dont le livre résulte d’une série d’interview avec elle et Nathalie Leveau. Ce livre est intitulé :

« Traverser les murs, la folie de la psychiatrie à la psychanalyse »

Cet ouvrage dessine les contours d’une création originale de Francesca Biagi-Chai:

« L’hospitalisation de jour »

 Il s’agit de l’invention d« un lieu où un lien existe », d’un lieu qui permet de faire accueil pour les patients « au bord » pour qui vivre complètement dehors est difficileL’hospitalisation de jour vise à réunir les conditions d’« un lien à vie », c’est à dire un lien pour la vie : elle « permet un ré-accrochage à la vie pour beaucoup de patients ».

Élina Quinton, dans cet interview, parle de ses rencontres avec Francesca Biagi-Chai et de cette création, qui « nou[e] clinique du sujet, institution et concepts théoriques ». Ce préalable lui a permis à son tour de contribuer à mettre en œuvre un tel lieu d’Hospitalisation de Jour, au Pôle Santé Mentale de Mayenne.

– Lien vers un interview de Francesca Biagi-Chai réalisé par Fabienne Hulak et Aurélie Pfauwadel avec les étudiants et enseignants du Département de psychanalyse de Paris 8.

Anne-Sophie « Les effets de la parole en psychiatrie »

Anne-Sophie nous fait découvrir dans cette interview son travail de psychologue en psychiatrie où parfois « la souffrance est palpable » au point qu’on peut se demander ce que peut la parole. Elle donne plusieurs exemples où malgré des histoires de vie terribles, malgré un délire…

« parler ça sert ! »

Elle montre l’importance d’avoir éprouvé dans sa propre psychanalyse les effets de la parole, pour ensuite parier sur un lien de parole avec les patients qu’elle rencontre.

David Briard « Bouffée d’oxygène en pédiatrie »

Pédiatre, responsable du service de médecine pédiatrique au CHU de Rennes, David Briard montre dans cet interview les effets de sa psychanalyse dans sa pratique.

« De par nos pratiques très médicales, on peut très bien enfermer quelqu’un dans sa maladie…

S’occuper des malades… et pas que de leurs maladies !

est une préoccupation permanente de tous les soignants. Ma psychanalyse a eu pour effet que progressivement j’introduise dans le service de nouvelles inventions, avec comme visée de rendre plus vivants nos patients, leur faire mieux accepter leurs traitements, mieux s’accepter eux-mêmes.

Ces inventions comme « Bouffée d’Oxygène » et « Coup de Pouce » – il y en a bien d’autres – cherchent à faire sortir les patients de l’ordinaire du « bouillon médical », pour repartir autrement de cet hôpital, remordre la vie autrement. Une autre invention, le nec plus ultra ! est : « la conversation avec les patients ».

Toutes ces inventions, qu’il s’agisse d’une sortie, ou d’une activité comme le jardinage… sous-tendent la recherche d’un effet du côté de l’énonciation du patient, de la subversion du médical… C’est avoir une haute idée du pouvoir des mots et pourtant, de l’analyse on en ressort humblepuisqu’il faut laisser la place à ce que les inventions « langagières » viennent du patient comme du soignant.

De ces inventions, Puls médecine, s’en fait l’adresse. Puls ! fait signe aux gens de médecine. Son éthique est de donner valeur, d’isoler chez le soignant ce qui compte – l’acte – , propre à chacun, car c’est ça ce dont les gens se souviennent : ce qu’on fait pour eux… on apaise, on évite le trauma. »

Voici le lien vers  Puls médecine