Vincent Moreau « Un engagement pour la vie »

« La psychanalyse va toujours chercher ce point de vivant. »

Vincent Moreau, dans cet interview fait le lien entre sa propre psychanalyse – ce qu’elle a changé pour lui-même, ce qu’il a découvert – et ses conséquences dans son travail auprès de ses patients. D’abord médecin, il met en valeur  l’importance de prendre en compte ce qui se passe du côté du corps. 

Cette importance du corps, il a éprouvée dans sa propre analyse et « cette question du corps qui a été entendue » lui a permis d’aller jusqu’au bout.

Vincent Moreau est médecin, psychiatre et psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse.

« Arriver à la fin de son analyse, c’est quand même précieux. On est changé dans la façon dont on aborde chaque sujet ».

Vous pouvez retrouver Vincent Moreau sur ce blog, dans un texte clinique très fort, tiré de sa pratique, intitulé : « Je n’arrive plus à travailler ». 

 

François Jubert « Attraper le symptôme de la bonne manière »

« Ce que la psychanalyse nous apprend et nous enseigne, c’est d’être (…)

docile au symptôme. »

François Jubert est médecin, psychiatre et psychanalyste.

Il doit ce positionnement à sa propre cure où il a pu éprouver qu’ « à vouloir éradiquer le symptôme coûte que coûte, on erre, on est perdu, ça insiste, ça encombre, ça ne résout rien ! »

Il l’a éprouvé pour lui-même et en a tiré enseignement pour ses patients.

La rencontre de sa psychanalyste a été décisive : l’entraînant avec ses « interprétations fracassantes » du côté de la vie et de la gaieté – à écrire aussi : gay-té !

Merci à AWITW pour la création musicale originale intitulée « Nearby home » dont il a généreusement et gracieusement autorisé l’utilisation pour la vidéo de François Jubert. Ce morceau remarquable de musique électronique accompagne et habille somptueusement l’interview.

Une autre création originale de AWITW : « Nobody’s know » accompagne les podcasts en lien avec l’AFTER des interviewés. 

Voici un lien vers les musiques de AWITW

Patrick Briend « Être un médecin apaisé, libérer la parole »

Patrick Briend est médecin généraliste dans la région de Saint Malo.

Dans cet interview, il dit ce que son expérience de la psychanalyse a changé à sa pratique de médecin.

« Je me sens plus disponible. C’est venu me surprendre, cette aisance : me sentir moi-même physiquement à l’aise. C’est vraiment des effets de la psychanalyse de se sentir à l’aise dans son corps. »

« C’est le fruit de mon travail en psychanalyse de pouvoir être plus à l’écoute à la fois et plus serein »

David Briard « Bouffée d’oxygène en pédiatrie »

Pédiatre, responsable du service de médecine pédiatrique au CHU de Rennes, David Briard montre dans cet interview les effets de sa psychanalyse dans sa pratique.

« De par nos pratiques très médicales, on peut très bien enfermer quelqu’un dans sa maladie…

S’occuper des malades… et pas que de leurs maladies !

est une préoccupation permanente de tous les soignants. Ma psychanalyse a eu pour effet que progressivement j’introduise dans le service de nouvelles inventions, avec comme visée de rendre plus vivants nos patients, leur faire mieux accepter leurs traitements, mieux s’accepter eux-mêmes.

Ces inventions comme « Bouffée d’Oxygène » et « Coup de Pouce » – il y en a bien d’autres – cherchent à faire sortir les patients de l’ordinaire du « bouillon médical », pour repartir autrement de cet hôpital, remordre la vie autrement. Une autre invention, le nec plus ultra ! est : « la conversation avec les patients ».

Toutes ces inventions, qu’il s’agisse d’une sortie, ou d’une activité comme le jardinage… sous-tendent la recherche d’un effet du côté de l’énonciation du patient, de la subversion du médical… C’est avoir une haute idée du pouvoir des mots et pourtant, de l’analyse on en ressort humblepuisqu’il faut laisser la place à ce que les inventions « langagières » viennent du patient comme du soignant.

De ces inventions, Puls médecine, s’en fait l’adresse. Puls ! fait signe aux gens de médecine. Son éthique est de donner valeur, d’isoler chez le soignant ce qui compte – l’acte – , propre à chacun, car c’est ça ce dont les gens se souviennent : ce qu’on fait pour eux… on apaise, on évite le trauma. »

Voici le lien vers  Puls médecine

Isabelle Galland « En milieu médical, psychose et psychanalyse »

Isabelle Galland est psychologue aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg dans un

service de médecine consacré aux malades du sida.

« Les personnes (…) en grande précarité psychique, ce sont celles-là qui meurent du sida aujourd’hui, ce sont celles-là qui ont des difficultés à être accompagnées, à prendre leur traitement, à pouvoir venir à l’hôpital, à être observantes. Et parfois, le fait de venir me voir, ça peut être un ancrage. »

« Être à l’écoute de ce dont (ces patients malades du sida) avaient envie de parler, de ce dont ils pouvaient parler. C’était approcher ce qui pouvait être innommable, intraitable, autour de la maladie grave, du corps atteint. (…) C’est grâce à la psychanalyse que j’ai pu écouter ces patients, les accompagner. »

Isabelle Galland est psychologue et psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne.

Gérard Seyeux « De l’être médecin à la psychanalyse et retour »

Gérard Seyeux retrace dans cet interview l’évolution de sa pratique de

médecin orienté par la psychanalyse.

Sa propre psychanalyse lui « a permis de laisser la parole aux autres d’une façon qui n’est pas tout à fait celle qu’on trouve dans les consultations médicales habituelles où on sait ce qui est bon pour l’autre».

Gérard Seyeux est membre de l’Ecole de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse. 

Lettre de Normand CHABOT

TOUBIB OR NOT TO BE 

Normand Chabot

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Normand Chabot est psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Président fondateur de « parADOxes », un lieu et un lien pour les 11-25 ans – consultations psychanalytiques gratuites – ateliers CV et d’écriture.

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Paul, la quarantaine, consomme depuis l’âge de 18 ans toutes sortes de produits. Issu d’une famille en grande souffrance, il parvient à faire de longues études dans le champ médical. Je l’ai reçu en Centre spécialisé pour addictions.

Tristesse, dépression, angoisse sont les trois mots d’ordre qui le poussent à poser une demande urgente. Il est épuisé de vivre, rien ne tient. L’inconsistance épingle ce sujet au bord du gouffre : il veut tout lâcher.

L’instabilité le détermine : Paul est un médecin gravement malade, un ancien urgentiste dans l’urgence psychique et socio-professionnelle, un alcoologue alcoolique, un prescripteur toxicomane, une oreille sans voix et, enfin, une voie sans but. Le suicide lui semble une solution possible.

De ces symptômes Paul connaît le nom, les raisons et les remèdes. Il ne sait pas tout, puisqu’il consulte à tire-larigot : médecin, psychiatre, acupuncteur, ostéopathe, etc. C’est suite aux échecs thérapeutiques répétitifs, qu’il me contacte pour entamer une analyse. Paul veut un autre lieu et un autre lien, pour paraphraser Jacques-Alain Miller.

Pour Paul, il y a une tentative de chiffrer la jouissance dans le corps, de la localiser de façon précise sur la fonction d’un organe. La drogue serait ainsi une solution pour condenser la jouissance au niveau du corps.

Devrons-nous accepter l’annonce de Paul de démissionner, voire d’entreprendre une reconversion professionnelle ? Cette question est cruciale, d’autant que j’ai l’impression que le choix de devenir médecin a été sa façon, en mobilisant tout un savoir, de trouver une fonction aux organes, une raison aux comportements.

Mais Paul a la malencontreuse intuition qu’il sera pour l’éternité, la tête de Turc idéal, le souffre-douleur de l’univers. Il parcourt ainsi la France, de cures en post-cures, de cliniques en hôpitaux psychiatriques, traînant sa dépression noyée d’addictions diverses, toujours avec les mêmes difficultés relationnelles (avec les collègues, les connaissances et aussi avec les femmes).

Paul a pu me donner quelques coordonnées de ce qu’il nomme ses « graves rechutes » : ce sont les relations amoureuses avec les femmes. Lacan disait, dans ses conférences aux USA, que la psychose est une sorte de faillite de l’amour.1

Suite à une mauvaise rencontre sentimentale, Paul sera littéralement atterré, il viendra déposer en entretien son scénario, avec son invariable unhappy end.

Les séances d’analyse ont permis de contenir son désespoir, en soutenant un moi-idéal : bord subjectif qui jadis n’avait pas de limites. Avec l’appui de cet autre fiable bien que sans garantie qu’est l’analyste, Paul a pu reprendre son bâton de pèlerin – son errance est désormais cadrée – en maintenant un lien socioprofessionnel plus pacifié. Toubib il est redevenu, pratiquant à son rythme, sans trop d’attache ni de décrochage. Ce ne fût pas sans effort avec quelques conseils, ni sans l’œuvre de certains interdits. L’oxymore demeure un outil pragmatique quand le corps et la langue foutent le camp. En un mot : comment accompagner un corps déserté qui manque d’une langue pouvant le représenter ? Il faut être deux, dans ce duo singulier qui se nomme psychanalyse.

Normand Chabot 

le 20 février 2019

1 Scilicet n°6/7, 1976, p.16.

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